Pêcher le calamar à la turlutte japonaise depuis le bord
Pêcher le calamar à la turlutte japonaise, ce que les Japonais appellent l’eging, tient en peu de chose : une canne de 2,40 à 2,60 mètres, une tresse fine, un bas de ligne en fluorocarbone, et une turlutte de taille 3.5 lancée depuis une digue à la tombée du jour. L’animation se résume à des séries de coups de scion secs qui font zigzaguer la turlutte, suivies d’une descente en glissade pendant laquelle tout se joue : c’est presque toujours à la descente que le calamar se saisit du leurre. Voici comment s’y mettre, quoi acheter, et à quelle saison sortir.
Eging, égi, turlutte : de quoi parle-t-on
La turlutte est un leurre en forme de crevette, lesté d’un plomb sous la tête et hérissé à l’arrière d’une ou deux couronnes d’hameçons sans ardillon dirigés vers l’avant. Le céphalopode ne mord pas : il enlace le leurre avec ses bras, et les pointes le retiennent. Au Japon, ce leurre s’appelle un égi, et la pêche aux leurres qui en découle s’appelle l’eging. C’est un sport à part entière là-bas, avec ses marques, ses compétitions et son vocabulaire, ce qui explique le niveau de raffinement des modèles japonais.
Une nuance mérite d’être posée tout de suite, parce qu’elle explique quelques déceptions : les turluttes japonaises sont conçues pour l’aori-ika, un calamar des mers chaudes aux nageoires larges, qui n’est pas l’espèce que nous pêchons. Sur nos côtes, la même panoplie sert d’abord au calamar commun et à la seiche. Le matériel fonctionne très bien, mais les repères de taille et de profondeur des vidéos japonaises ne se transposent pas ligne à ligne.
Quand et où sortir
La saison du calamar s’ouvre sur nos côtes en septembre et court jusqu’au cœur de l’hiver, en Méditerranée comme sur la façade atlantique. Les calamars de l’année sont alors nombreux et peu méfiants, ce qui en fait la meilleure période pour apprendre. La seiche a son gros temps fort au printemps, quand elle vient pondre près du bord, mais elle se prend aussi à l’automne, sur les individus nés dans l’année : elle se tient plus près du fond et demande des animations plus lentes.
L’heure compte autant que la saison. Les deux heures qui encadrent le coucher du soleil, puis le début de nuit, concentrent l’essentiel des touches : les céphalopodes chassent à la lumière déclinante et se rapprochent du bord. Les digues, les jetées, les pointes rocheuses et les abords des ports donnent accès, en quelques lancers, à des fonds de cinq à quinze mètres. Un éclairage public qui tombe sur l’eau est un poste en soi : il attire le fretin, et le fretin attire les calamars.
Deux précautions valent d’être posées avant la première sortie. Une digue ou une roche mouillée de nuit est un terrain glissant : lampe frontale, chaussures qui tiennent, et de préférence pas seul sur une pointe rocheuse, en surveillant l’état de la mer et la marée qui peut couper un accès. Côté règles, l’accès à beaucoup de digues portuaires est restreint ou interdit par arrêté municipal ou portuaire, et si la pêche de loisir des céphalopodes n’a pas de taille minimale nationale, des arrêtés préfectoraux locaux peuvent en fixer une : renseignez-vous sur votre secteur avant de garder une prise, et relâchez les petits, qui ne valent pas grand-chose dans l’assiette.
Le matériel, poste par poste
Rien d’exotique, mais tout est léger. La canne fait 2,40 à 2,60 mètres et porte une puissance annoncée en numéros de turluttes, typiquement 2.5 à 4 : c’est la seule pièce vraiment spécifique, parce qu’il lui faut un scion capable d’encaisser des coups secs répétés sans s’écraser. Une canne à leurres légère pour la perche dépanne pour un premier essai, en sachant que les animations seront moins nettes.
Le moulinet spinning se prend en taille 2500 ou 3000, et son frein compte plus que son poids : c’est lui qui évite de déchirer les bras du calamar pendant le combat. Réglez-le assez souple pour qu’il cède quand l’animal se braque, sans jamais laisser de mou.
Côté fil, cent cinquante mètres suffisent largement pour cette pêche, ce qui rend une bobine shallow plus économique qu’une bobine standard qu’il faudrait garnir de remplissage.
La tresse PE se choisit en 0.6 à 0.8. Attention au piège : le numéro japonais décrit la grosseur du fil, pas sa résistance, et il ne se convertit pas rigoureusement en millimètres ; comptez l’équivalent d’environ 13 à 15 centièmes. Elle sert à transmettre les coups de scion jusqu’à la turlutte, donc plus elle est fine, moins le vent et le courant font ventre dans la bannière.
Entre la tresse et la turlutte, un bas de ligne en fluorocarbone de 20 à 25 centièmes, long d’un mètre à un mètre cinquante, absorbe les à-coups et encaisse les frottements sur les roches. C’est la pièce qu’on refait le plus souvent, et celle qu’on néglige le plus.
Sur le choix de la tresse elle-même, deux références japonaises se valent en solidité et se départagent sur le marquage du fil : le détail taille par taille est dans notre comparatif YGK ou Varivas.
Quelle taille de turlutte choisir
Les turluttes japonaises se numérotent en 号, prononcé « gô », qui correspond à la longueur du corps exprimée en sun, une vieille unité japonaise d’environ trois centimètres. Une 3.5 mesure donc 3,5 sun, soit à peu près 105 millimètres sans les hameçons. Le tableau ci-dessous reprend les valeurs publiées par Yamashita pour sa gamme Egi-Oh LIVE, représentative de ce que fait le marché.
| Taille | Longueur | Poids | Vitesse de chute (Basic) | Quand la sortir |
|---|---|---|---|---|
| 2 | 60 mm | 6,5 g | env. 5,5 s/m | Petits calamars, eau claire, très peu de fond |
| 2.5 | 75 mm | 10 g | env. 5,5 s/m | Début de saison, calamars de l’année |
| 3 | 90 mm | 15 g | env. 3,5 s/m | Compromis distance et discrétion |
| 3.5 | 105 mm | 21 g | env. 3 s/m | Taille par défaut : lance loin, couvre 5 à 15 m de fond |
Si vous n’achetez qu’une taille, prenez la 3.5. C’est celle qui se lance le plus loin, celle que les Japonais montent par défaut, et celle que les détaillants français tiennent dans le plus grand choix de coloris. La 2.5 et la 3 deviennent utiles en début de saison, sur des calamars encore petits qui refusent un leurre trop volumineux, ou sur des fonds de deux ou trois mètres où une 3.5 se pose avant d’avoir travaillé.
La vitesse de chute mérite autant d’attention que la taille, et elle dépend d’abord du poids. Une 3.5 en version Basic descend d’environ trois secondes par mètre : sur dix mètres de fond, comptez une trentaine de secondes, pendant lesquelles il faut garder la ligne légèrement tendue. Les petites tailles, bien plus légères, sont beaucoup plus lentes : en 2 et en 2.5, il faut compter près d’une minute sur le même fond. Les versions Shallow, deux fois plus lentes encore que la Basic de même taille, sont faites pour les herbiers et les petits fonds, où une chute normale accroche avant que le calamar n’ait eu le temps de venir voir.
L’animation : le dart, puis la descente
Le geste de base s’apprend en une sortie. On lance, on laisse la turlutte descendre jusqu’au fond en comptant les secondes, puis on donne trois à cinq coups de scion secs vers le haut, bannière légèrement détendue, en récupérant le mou entre chaque coup. La turlutte part alors en écarts latéraux successifs, ce qu’on appelle le dart, ou darting. On s’arrête, on laisse redescendre sur la ligne tendue pendant cinq à dix secondes, et on recommence. Trois ou quatre séries par lancer suffisent avant de relancer en éventail.
La touche n’en est pas une. Le calamar enlace la turlutte pendant la descente, et ce que vous percevez est une absence : la bannière cesse de se dérouler, ou se tend de travers, ou devient soudain lourde à la première traction. Le ferrage, lui, doit être franc et ample, vers l’arrière : les pointes de la couronne n’ont pas d’ardillon, il faut les planter. C’est après que les calamars se perdent. Un frein trop serré ou un instant de mou pendant le combat déchirent les bras mous de l’animal, qui décroche : réglez le frein assez souple pour qu’il cède quand le calamar se braque, et ne relâchez jamais la tension jusqu’à l’épuisette.
Trois erreurs reviennent chez les débutants. La première est d’animer trop vite et trop longtemps, ce qui traverse le poste en deux séries au lieu de le travailler. La deuxième est de ne pas compter la descente, donc de ne jamais savoir à quelle profondeur on pêche ni quand la turlutte a touché le fond. La troisième est de rester sur le même coloris toute la soirée : sur un poste fréquenté, changer de turlutte après une dizaine de lancers sans touche rapporte plus que de persévérer.
Deux écoles de turluttes, et pourquoi le Japon
À taille et à poids presque identiques, deux conceptions s’opposent chez un même fabricant. Les modèles à écarts larges cherchent à déclencher l’attaque d’un animal actif, grâce à un lest profilé qui donne des zigzags amples tout en limitant l’avancée vers le pêcheur : c’est le parti pris de la Yamashita Egi-Oh LIVE 3.5.
Les modèles à chute stabilisée font l’inverse : ils brident les écarts et privilégient une descente rectiligne, pour les postes très pêchés où les calamars suivent sans se décider. C’est le rôle de l’aileron de la Yamashita Egi-Oh K 3.5. Avoir une turlutte de chaque école dans la boîte vaut mieux que deux fois la même.
Reste la question du prix, qui est la vraie raison pour laquelle ces turluttes s’achètent souvent au Japon. Une turlutte de milieu de gamme se paie de 17 à 18 EUR chez un détaillant français, contre 5 à 8 EUR sur le marché japonais pour le même article (relevé en septembre 2026). Comme on en perd régulièrement dans les roches, l’écart se traduit directement en nombre de leurres dans la boîte. Le port reste le facteur limitant, autour de 21 EUR pour un colis de turluttes à la même date : il faut commander en volume ou glisser les turluttes dans un envoi déjà ouvert, et la marche à suivre est détaillée dans notre guide pour commander sur Amazon Japon.
Faut-il pour autant tout importer ? Non, et le raisonnement vaut aussi pour le reste du matériel : sur une pièce unique et chère, l’écart de prix fond souvent une fois le port et la TVA ajoutés, et la garantie se gère moins facilement. Nous avons posé le calcul complet dans notre article sur le moulinet japonais face à sa version export.
Questions fréquentes
Peut-on pêcher le calamar en plein jour ?
Oui, mais le rendement chute. Les meilleures fenêtres restent le crépuscule et le début de nuit. En plein jour, il faut chercher plus de fond, des eaux un peu troubles, ou des postes ombragés, et préférer des coloris naturels à faible contraste.
Faut-il une épuisette ?
Dès que vous pêchez depuis une digue haute, oui. Soulever un calamar au bout de la ligne sur deux ou trois mètres revient à faire porter tout le poids de l’animal par quelques pointes plantées dans des bras mous : c’est le moment où l’on décroche le plus. Une épuisette à long manche, pliante de préférence pour tenir dans le sac, règle le problème.
Combien de turluttes faut-il pour commencer ?
Trois à quatre suffisent pour une première saison, à condition de couvrir deux logiques : un coloris clair et voyant pour la nuit et l’eau trouble, un coloris naturel pour l’eau claire, et si possible une turlutte à chute lente pour les petits fonds. Prévoyez d’en perdre : le fond rocheux et les herbiers prélèvent leur part.
Le matériel de la truite ou de la perche convient-il ?
Pour essayer, oui. Une canne à leurres de 2,10 à 2,40 mètres avec un moulinet 2500 permet de voir si la pêche vous plaît. La limite apparaît sur la distance de lancer et sur la netteté des écarts : une canne d’eging a un scion conçu exprès pour ce geste, et la différence se sent dès la première soirée.
Sur vos postes, à quel moment précis de la soirée partent les premières touches, et est-ce que ça bouge d’un mois à l’autre entre septembre et décembre ? Racontez en commentaire quelle taille de turlutte vous montez par défaut et pourquoi vous en changez.
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