Le barbot ou lotte de rivière (Lota lota)

Le barbot est le nom populaire de la lotte de rivière (Lota lota), aussi appelée lote : un poisson de fond nocturne, au corps allongé et marbré, qui porte un seul barbillon sous le menton. C'est le seul membre de sa famille, les lotidés, proches cousins de la morue, à vivre en eau douce. Il fraie en plein hiver dans une eau glacée, et il est classé vulnérable sur la liste rouge des poissons d'eau douce de France. Ce n'est ni la lotte de l'étal du poissonnier, ni le barbeau de nos rivières, avec lesquels on le confond sans cesse.

Tête d'un barbot (Lota lota) tenu en main : peau marbrée brun et jaune, gros œil et barbillon unique sous le menton
Barbot pris dans le Danube, près de Vidin (Bulgarie). Photo : Kristian Kostov, domaine public (CC0), via Wikimedia Commons

Nom scientifique :
Lota lota ; famille des lotidés (ordre des gadiformes).
Noms communs ou régionaux :
lotte de rivière (nom FAO), lote, barbot, barbotte, bourbotte, moutelle, alote.

Barbot ou barbeau : d'où vient la confusion

Le mot « barbot » désigne deux poissons différents selon les époques et les régions. Le Trésor de la langue française le donne à la fois comme synonyme de barbeau et comme nom de la « lote commune », et note que les dictionnaires Larousse rangent sous ce sens les variantes barbot, barbote, barbotte et barbotin.

Dans les faits, ce sont deux poissons qui n'ont rien en commun. Le barbeau (Barbus barbus) est un cyprinidé, cousin de la carpe, avec quatre barbillons, des écailles bien visibles et une seule nageoire dorsale. Le barbot de cette fiche est un lotidé, cousin de la morue, avec un seul barbillon et deux dorsales. Si c'est le moustachu des radiers que vous cherchez, la fiche du barbeau et de sa pêche au fond est faite pour vous.

Reconnaître le barbot : caractéristiques physiques

C'est la combinaison de ces caractères (seconde dorsale très longue, barbillon unique, pelviennes devant les pectorales) qui le distingue des autres poissons d'eau douce d'Europe, selon la fiche de l'espèce sur FishBase, qui sert aussi de source aux chiffres de taille, de température et de reproduction de cette page.

Taille et poids du barbot

La taille courante d'un adulte tourne autour de 40 cm. Les maxima publiés pour l'espèce sont de 152 cm et 34 kg, pour un âge maximal rapporté de 20 ans : des valeurs extrêmes, pas ce qu'on attend au bord d'une rivière française.

En Europe centrale, les mâles deviennent matures vers 2 ans et les femelles vers 3 ans.

Où vit le barbot en France

Le barbot est un poisson du froid. Son aire fait le tour de l'Arctique, et en Europe elle s'étend de la France jusqu'aux bassins arctiques, à la Volga, à la mer Caspienne et à la mer Noire. La France est donc à la limite ouest de son aire. L'espèce a déjà disparu d'Angleterre.

Il lui faut une eau fraîche et bien oxygénée : FishBase situe sa plage de température entre 4 et 18 °C. On le trouve dans les rivières aux eaux vives et bien oxygénées comme dans les lacs profonds, de 1 m jusqu'à 700 m de fond selon les milieux.

Le Léman en abrite : la lotte figure parmi les espèces du lac présentées dans l'extrait officiel de la réglementation de pêche du Léman (édition 2022), aux côtés de la truite lacustre, de l'omble chevalier, du brochet et de la perche.

Ce sont les mêmes eaux froides et profondes que celles du corégone, lavaret ou féra des grands lacs, qui figure lui aussi dans ce dépliant.

Côté rivières, le bassin de la Saône garde des populations qu'on essaie d'aider. L'établissement public du bassin Saône et Doubs cite parmi ses actions pilotes, à Gevigney-et-Mercey (Haute-Saône), la création de frayères destinées au brochet et à la lote.

Barbot caché entre les planches d'une épave couverte de moules zébrées, au fond d'un lac
Barbot calé dans une épave du Werbellinsee (Allemagne). Photo : Lorenz Seebauer, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Mœurs : un poisson de la nuit et de l'hiver

Le barbot est crépusculaire et nocturne. Le jour, il reste caché sous les pierres, dans les racines, la végétation ou les épaves, comme sur la photo ci-dessus. Il sort à la tombée de la nuit pour chasser au ras du fond.

Sa reproduction est à contre-courant de presque tous nos poissons : il fraie de novembre à mars, dans une eau à moins de 6 °C. La fraie a lieu la nuit, les géniteurs formant une boule compacte où chacun pousse vers le centre. Les mâles arrivent en général les premiers sur les frayères. Les œufs éclosent au bout de 40 à 70 jours.

La fécondité est énorme : les relevés compilés par FishBase vont de quelques dizaines de milliers à plus d'un million d'œufs par femelle selon les populations, et jusqu'à 5 millions pour une mesure faite en France.

Alimentation du barbot

Les jeunes barbots mangent des larves d'insectes, des écrevisses, des mollusques et d'autres invertébrés du fond. En grandissant, ils deviennent de plus en plus piscivores : un gros barbot est un vrai prédateur de fond, qui chasse les petits poissons à la nuit tombée.

Ce régime de carnassier nocturne et benthique le rapproche, dans la façon de vivre, de l'anguille plus que du barbeau : même goût pour l'obscurité, mêmes caches au fond, même chasse au ras du fond une fois la nuit tombée.

Un poisson vulnérable en France

Le barbot va bien à l'échelle mondiale : l'UICN le classe en préoccupation mineure (évaluation de 2022). En France, c'est une autre histoire. La liste rouge des poissons d'eau douce de France métropolitaine (UICN France, MNHN, juillet 2019) classe la lote de rivière vulnérable (VU), au critère A2c : une baisse de population liée à la réduction de son aire et à la dégradation de ses habitats.

Sa biologie explique cette fragilité : une espèce d'eau froide, en France à la limite de son aire, qui a besoin d'une eau sous 6 °C pour frayer et de frayères accessibles en plein hiver. Chaque hiver trop doux et chaque frayère perdue pèsent sur elle, d'où les chantiers de frayères comme celui de la Saône.

Elle ne figure pourtant pas dans l'arrêté du 8 décembre 1988 fixant la liste des poissons protégés sur tout le territoire : la protection de ses œufs et de ses frayères au titre de ce texte ne s'applique donc pas. Le statut « vulnérable » est un signal d'alerte, pas une interdiction de pêche.

Peut-on pêcher le barbot ?

La pêche du barbot n'est pas interdite au niveau national, et la lote ne fait pas partie des espèces pour lesquelles le code de l'environnement fixe une taille minimale de capture (articles R. 436-18 et R. 436-19). Les règles générales s'appliquent : carte de pêche, catégorie du cours d'eau, périodes d'ouverture. L'arrêté préfectoral de votre département ou le règlement de votre AAPPMA peut ajouter des mesures locales : vérifiez-les avant de garder un poisson.

Le vrai frein est ailleurs. Le barbot chasse la nuit, alors que la pêche de nuit est interdite en France : une réponse ministérielle au Sénat de mai 2025 rappelle que l'article R. 436-13 du code de l'environnement interdit la pêche de nuit, les exceptions de l'article R. 436-14 visant notamment la carpe, sur des parcours autorisés par le préfet. Le barbot n'en bénéficie pas : on ne peut le pêcher qu'entre une demi-heure avant le lever du soleil et une demi-heure après son coucher. Même règle sur le Léman pour les pêcheurs de loisir, selon l'extrait de réglementation cité plus haut.

L'hiver n'arrange rien en deuxième catégorie : pendant la fermeture spécifique du brochet, la pêche au vif, au poisson mort et aux leurres susceptibles de le prendre est interdite, comme le précise par exemple l'arrêté de pêche 2024 du Maine-et-Loire, du 29 janvier au 26 avril cette année-là. Or cette fermeture couvre une bonne partie de la saison d'activité du barbot.

Résultat : en France, on ne cible pratiquement pas le barbot. La plupart des captures sont accidentelles, en hiver, au crépuscule, sur une ligne posée au fond et eschée d'un gros ver, là où l'on espérait autre chose. Vu son statut, le bon réflexe est simple : décrocher vite, mains mouillées, et le remettre à l'eau. FishBase juge sa chair savoureuse mais un peu sèche, ce qui ne justifie pas de prélever une espèce en recul.

Ne pas confondre le barbot avec la lotte de mer

La « lotte » vendue chez le poissonnier n'a rien à voir avec le barbot. C'est la queue de la baudroie (Lophius), un poisson marin à tête énorme, vendu étêté sous ce nom commercial. Le barbot de rivière est un poisson d'eau douce, cousin de la morue. Quand une recette parle de « lotte », il s'agit presque toujours de la baudroie.

Récapitulatif des trois poissons qu'on mélange sous les noms de barbot et de lotte :

CritèreBarbot (lotte de rivière)BarbeauLotte de mer (baudroie)
Nom scientifiqueLota lotaBarbus barbusLophius spp.
FamilleLotidés (cousin de la morue)Cyprinidés (cousin de la carpe)Lophiidés
MilieuEau douce froide, rivières et lacsRivières courantesMer
BarbillonsUn seul, sous le mentonQuatre, sur la lèvreAucun barbillon de ce type
Nageoires dorsalesDeux, la seconde très longueUne seuleRayons libres sur la tête, puis dorsales
ActivitéNocturne, fraie en hiverFraie en mai-juinSans objet pour le pêcheur d'eau douce

Questions fréquentes sur le barbot

Quel poisson appelle-t-on barbot ?

Le plus souvent la lotte de rivière (Lota lota), aussi appelée lote. Le mot a aussi servi de nom régional du barbeau, ce qui entretient la confusion entre ces deux espèces sans aucun lien de parenté.

Le barbot est-il protégé en France ?

Il est classé vulnérable sur la liste rouge nationale de 2019, mais il ne figure pas sur la liste des poissons protégés de 1988. Sa pêche n'est pas interdite au niveau national ; des règles locales peuvent exister dans votre département.

Quelle est la taille du barbot ?

Environ 40 cm pour un adulte courant. Les maxima publiés pour l'espèce atteignent 152 cm et 34 kg.

Le barbot est-il la même chose que la lotte du poissonnier ?

Non. La lotte vendue en poissonnerie est la baudroie, un poisson de mer. Le barbot est un poisson d'eau douce de la famille de la morue.

Avez-vous déjà sorti un barbot, et si oui dans quelle rivière ou quel lac, à quelle saison et sur quelle esche ? Les témoignages de pêcheurs sur cette espèce discrète sont rares, et chacun aide à savoir où elle tient encore.

L'Ami Gardon

Pêcheur passionné derrière Apprendre à pêcher : guides par espèce pour progresser au bord de l'eau, et analyses de matériel japonais importé du Japon. Ne prétend jamais avoir testé ce qu'il n'a pas eu en main.

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