Comment pêcher l’anguille ?
On pêche l’anguille à l’appât naturel posé sur le fond, de nuit, selon deux montages seulement : la plombée coulissante montée sur gros ver, et la vermée, une boule de lombrics sans hameçon. Les deux sont détaillés plus bas. Mais avant le montage, il y a le calendrier : la pêche de l’anguille est aujourd’hui l’une des plus encadrées d’eau douce, et c’est par là qu’il faut commencer.
Grâce à la complexité de son cycle biologique, l’anguille a longtemps été considérée comme un poisson un peu mythique. Son abondance passée en faisait un poisson très populaire malgré son corps serpentiforme ; aujourd’hui, la pression de pêche, la pollution et les barrages hydroélectriques menacent la survie de l’espèce.
Ce que la réglementation autorise, et ce qu’elle interdit
État au 7 septembre 2026. La réglementation de l’anguille évolue d’une saison à l’autre, parfois en cours d’année : ce qui suit décrit la situation à cette date, et ne remplace pas l’arrêté en vigueur dans votre département, qui seul fait foi.
L’anguille européenne est classée « en danger critique d’extinction » sur la liste rouge de l’UICN, et son encadrement découle du plan national de gestion issu du règlement européen de 2007. Pour un pêcheur de loisir à la ligne, quatre règles structurent tout le reste.
- Deux stades sont interdits à la pêche de loisir, depuis le décret n° 2010-1110 du 22 septembre 2010 : la civelle (l’anguillette de moins de 12 centimètres) et l’anguille argentée, celle qui a viré au ventre argenté et aux gros yeux parce qu’elle repart se reproduire. Seule l’anguille jaune peut être conservée.
- En eau douce, la pêche de l’anguille jaune reste possible dans son principe, sauf dans les bassins Rhône-Méditerranée et Corse où elle est fermée. En mer, la pêche récréative de l’anguille est interdite à tous les stades, en application des règlements européens de 2023 et 2024.
- La saison 2026 est close. L’arrêté ministériel du 12 juin 2026 a avancé la fermeture au 31 juillet 2026, pour la saison 2025-2026 uniquement. Autrement dit, si vous lisez ceci en septembre, il n’y a pas de pêche de l’anguille jaune à faire en eau douce. Les conditions de la saison 2027 ne sont pas connues à ce jour.
- La période d’ouverture se lit bassin par bassin, par arrêté, et elle bouge d’une année sur l’autre. En 2026, elle courait du 1er avril au 31 juillet dans les bassins concernés, avec des variantes locales, notamment en domaine maritime.
S’y est ajoutée, pour cette même saison 2025-2026, une obligation de déclarer chaque capture d’anguille jaune dans les 24 heures, à la charge des pêcheurs de loisir aux lignes. Elle passait par un téléservice de l’État ou par un formulaire papier remis à la fédération départementale.
Cette obligation venait s’ajouter au carnet de capture prévu par l’article R. 436-64 du code de l’environnement, dont les modalités propres à l’anguille sont fixées par l’arrêté du 22 octobre 2010. Rien ne dit qu’elle sera reconduite à l’identique en 2027 : c’est le premier point à vérifier avant la prochaine ouverture, auprès de votre fédération de pêche.
Dernier point, souvent ignoré et pourtant décisif : la consommation du poisson est interdite par arrêté préfectoral sur de nombreux cours d’eau, à cause de la pollution aux PCB. L’anguille est l’espèce la plus concernée, parce qu’elle est grasse, longévive et sédentaire, donc celle qui accumule le plus. Sur la Seine et ses affluents, sur la Loire, sur l’Orge ou la Deûle et bien d’autres cours d’eau, elle se pêche mais ne se mange pas, et la détention est parfois interdite elle aussi. Ces arrêtés visent d’ailleurs plusieurs espèces à la fois, l’anguille en tête mais aussi la brème, le barbeau, la carpe ou le silure. Vérifiez celui de votre département avant de garder quoi que ce soit.
Carte d’identité de l’anguille
Nom scientifique de l’anguille :
Anguilla anguilla.
Noms communs ou régionaux :
andrille, anguière, anguillat, chardiat, pimperneau, pourgaou, verniaux…
Et pour les juvéniles :
civelle, piballe.
Caractéristiques physiques
- Corps : cas unique dans nos eaux douces, celui-ci est serpentin. Ses longues nageoires dorsale et anale se rejoignent au bout de la queue qui est plate.
- Tête : celle-ci est petite, avec un museau plus ou moins arrondi. On distingue des anguilles à bec large et à bec pointu, une différence aujourd’hui rattachée au régime alimentaire et non au sexe du poisson.
- Peau : épaisse et visqueuse, elle possède de minuscules écailles.
- Couleur : le dos est brun verdâtre, ses flancs jaunâtres et plus clairs pour devenir gris-blanc sous le ventre.
- Taille : l’espèce va couramment de 30 centimètres à 1 mètre pour 0,3 à 3 kilogrammes, les plus gros sujets étant des femelles. Les mâles, eux, dépassent rarement les 50 centimètres.
Ce jeu de couleurs a une conséquence pratique directe : c’est lui qui vous dit si le poisson au bout de la ligne est une anguille jaune, au ventre jaunâtre et à l’œil petit, ou une argentée aux flancs métalliques et à l’œil nettement agrandi. Dans le doute, on la remet à l’eau.
Cycle de reproduction de l’anguille
Afin de se reproduire, l’anguille doit effectuer une migration catadrome. C’est-à-dire qu’elle doit retourner en mer pour frayer. La fraie a lieu dans la mer des Sargasses (mer qui doit son nom à une algue brune), située à l’est des côtes de la Floride. Chacune des femelles pond plus d’un million d’œufs qui deviendront, des larves aplaties et transparentes : les leptocéphales. Après l’éclosion, celles-ci entament alors, portées par le courant du Gulf Stream, une longue migration océanique, dont la durée est encore débattue entre moins d’un an et deux à trois ans selon les méthodes d’estimation, et qui s’achève sur le plateau continental européen.
Ensuite, elles se transformeront en minuscules anguillons (les civelles) qui se pigmenteront progressivement au contact de l’eau douce. L’envahissement des estuaires par ceux-ci donne lieu à une importante pêche industrielle, sans doute l’une des plus importantes causes, avec la pollution chimique, de la diminution de l’espèce constatée ces 30 dernières années. Ces petits anguillons remontaient donc les cours d’eau en masse considérable, colonisant ainsi pratiquement toutes les eaux intérieures.
Après un séjour de 8 à 15 ans pour les femelles et de 4 à 7 ans pour les mâles, la maturité sexuelle est atteinte, et les anguilles vont entreprendre leur dévalaison, le plus souvent à la faveur des crues d’automne pour rejoindre la mer. Puis, après un long voyage dont on ignore encore aujourd’hui presque tout, elles atteindront la mer des Sargasses, où elles se reproduiront avant de mourir.
Habitat et niche écologique
L’anguille colonise pratiquement tout. Eaux douces ou saumâtres, courantes ou calmes, du grand fleuve au plus petit ruisseau et à la plus petite mare ! Elle va partout à l’exception des eaux froides et torrentueuses d’altitude. Ses habitats préférés se situent là où elle peut se cacher. En effet, les fonds pierreux ou vaseux, les zones d’herbiers, les berges caverneuses, les bois noyés… constituent ses zones de vie !

Nourriture et comportement prédateur
Poisson carnivore, l’anguille se nourrit de proies vivantes ou mortes. Escargots d’eau, limaces, petits poissons, vers de terre, crustacés, insectes… lui sont des mets de choix ! Comme elle n’aime pas la lumière, elle chasse principalement la nuit, mais pas exclusivement !
Quand sortir : le créneau qui change tout
L’anguille est un poisson d’odorat et de nuit. Ses deux meilleures fenêtres tombent en plein cœur de l’été : la tombée du jour après une journée chaude, surtout à la suite d’un orage qui a lessivé les berges et remis des vers à l’eau, et le coup d’eau, une petite crue teintée qui déclenche l’activité mieux que n’importe quel appât. Une eau claire et une pleine lune, à l’inverse, ferment souvent la partie.
Ces conditions se chevauchent mal avec le calendrier réglementaire. En 2026, la fermeture au 31 juillet a placé les meilleures soirées d’août hors saison, et rien ne dit que 2027 ressemblera à 2026 : c’est la première chose à regarder au moment de planifier une sortie, avant même la météo.
Pêcher de nuit au bord change aussi la liste du matériel : une frontale étanche, qui supporte la pluie et une chute dans l’herbe mouillée, sert bien plus souvent qu’une lampe puissante que l’on braque sur l’eau. Gardez-la sur le rouge tant que vous n’avez pas de poisson à décrocher : la lumière blanche sur la berge vide un poste en quelques minutes.
Le lien ci-dessous est un lien affilié Amazon : en qualité de Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises. Cela ne change rien au prix que vous payez.
Voir le prix de la frontale étanche Petzl Aria sur Amazon
Les deux techniques à la ligne
Pour la petite anecdote, l’anguille faisait « dans le temps » l’objet d’une pêche active à l’aide de petits engins comme les bosselles ou les cordeaux. Mais ce sont des pratiques abandonnées de nos jours, et les engins ont d’ailleurs disparu de la réglementation de loisir sur plusieurs bassins.
À la ligne, les pêcheurs vont privilégier les deux modes de pêche suivants :
Pêche à la plombée coulissante
On utilisera les mêmes matériels et les mêmes montages que pour pêcher le sandre : une olive coulissante de vingt grammes passée dans le corps de ligne, stoppée par un émerillon à agrafe.
Vient ensuite un bas de ligne d’environ 50 centimètres s’arrêtant sur un hameçon simple numéro 4 à 8 pour des vers ou des petits vifs, ou sur un hameçon double en bec de perroquet numéro 26 à 28 pour des vifs plus imposants. Cependant, on peut aussi utiliser des esches comme les gros lombrics, l’écrevisse, la limace (par temps de crue), etc…
La ligne sera lancée sur les postes les plus intéressants : couloir entre deux herbiers, amas de branches, berges creuses, etc. La défense de l’anguille n’est généralement pas acharnée, mais un gros spécimen d’un ou deux kilogrammes donne tout de même du fil à retordre.
Reste le geste qui décide de tout : le ferrage. La tradition veut qu’on laisse l’anguille partir avec l’appât avant de ferrer, et c’est effectivement ce qui pique le mieux. Le problème, c’est qu’elle avale alors profondément et qu’on ne peut plus la décrocher proprement. Sur une espèce dans cet état de conservation, ferrez donc à la première touche franche plutôt qu’après l’engamage, et montez un hameçon fort de fer, sans ardillon ou à ardillon écrasé. Vous manquerez quelques poissons, vous relâcherez les autres en état de repartir.

Pêche à la vermée
C’est une pêche traditionnelle qui s’effectue dans les petits cours d’eau côtiers véritablement envahis par les anguilles. On la pratique plutôt le soir en été, lorsque la journée a été chaude et orageuse. La vermée est une grosse boule de vers de terre, des lombrics généralement, qui peut se réaliser de deux manières différentes :
- Traditionnellement, en enfilant les vers un par un (une bonne vingtaine) à l’aide d’une aiguille à locher sur un fil de laine. On repliera le « chapelet » plusieurs fois sur lui-même et on attachera la ligne en son milieu.
- Beaucoup plus rapidement, en enfermant les vers dans un vieux bas de nylon. On fermera ensuite celui-ci et on l’attachera à la ligne.
Cette vermée sera descendue à proximité des berges et des tenues possibles dans des fonds de moins d’1,50 mètre. Plombée sur le fond, il faudra tendre légèrement le cordonnet pour sentir les « toc-toc » répétés des anguilles mâchouillant la vermée. On attendra donc assez longtemps avant de relever la ligne d’un mouvement légèrement accéléré jusqu’au-dessus de l’eau. À ce moment-là, les anguilles (il y en a souvent plusieurs à la vermée) parvenant à libérer leurs petites dents de la laine ou du nylon, tomberont dans le traditionnel parapluie posé à l’envers sur l’eau et lesté d’un caillou.
L’avantage de la vermée est justement qu’elle ne pique pas : sans hameçon, il n’y a pas de piqûre ni de poisson gorgé, seulement des dents accrochées quelques secondes à de la laine. Pour une espèce dans cet état de conservation, c’est la plus défendable des deux techniques, et c’est celle qui se prête le mieux à une pêche entièrement en relâcher.
Manipuler et relâcher une anguille sans l’abîmer
Une anguille est couverte d’un mucus qui la protège des infections, et elle se noue autour de tout ce qu’elle touche. Mouillez vos mains, posez-la sur une surface humide plutôt que dans l’herbe sèche ou le gravier, et évitez le chiffon rêche qui emporte le mucus avec lui. Si l’hameçon est avalé, coupez le bas de ligne au ras plutôt que d’aller le chercher.
Enfin, gardez en tête ce que la carte d’identité plus haut vous a appris à reconnaître : une argentée se remet à l’eau, sans exception, parce qu’elle est en route vers la seule reproduction de sa vie. Sur l’anguille jaune, le droit de la pêche laisse encore le choix de garder, là où aucun arrêté préfectoral ne l’interdit ; l’état de l’espèce, lui, plaide pour tout relâcher, et beaucoup de pêcheurs ont déjà tranché en ce sens.
Si vous cherchiez simplement un autre carnassier de nuit à pêcher sur les mêmes postes et avec des appâts comparables, le silure est le voisin évident, et lui est abondant. Les arrêtés PCB le visent également : la question de le consommer se pose là aussi, et se vérifie de la même manière.

SAISSY André · 07/02/2022 à 08:00
Bonjour, je voudrais savoir l’origine du nom vermée. Je suis originaire du sud de la France , Cros de cagnes, dans mon enfance j’ai pratiqué une fois cette pêche que l’on nommait au : bouiron ! . avec un parapluie .
Comment cette technique a-t-elle put se pratiquer dans toute la France?
Guibert Bernard · 29/08/2023 à 18:12
Bonsoir comment monter le matériel pour pêcher l’ anguille en rivière et lac