Le brochet

L’aire de répartition du brochet est particulièrement vaste, car on le rencontre dans toutes les eaux européennes. Depuis le nord des pays scandinaves jusqu’en Espagne, en Amérique du Nord et en Asie septentrionale. En Europe, il est le seul représentant de la famille des ésocidés alors qu’en Amérique du Nord il cohabite avec quatre cousins, dont le fameux maskinongé qui fait rêver les pêcheurs sportifs américains.

En France, notre brochet indigène a longtemps fait l’objet d’une recherche quasi-exclusive de la part des spécialistes du carnassier. Avec la dégradation des biotopes, c’est ce qui a expliqué la nette régression de ses populations dans les années 50 et 60. En effet, à cette époque, le développement des loisirs et du tourisme halieutiques ont coïncidé avec celui de la pêche au lancer léger. La pression de pêche est alors devenue trop forte pour notre brochet. De plus, à l’époque, la législation était trop permissive pour le protéger.

Esox lucius
Esox lucius

Nom scientifique :
Esox Lucius.
Noms communs ou régionaux :
Pour les grands : brouché, bec de canard, grand bec, pognan…
Pour les petits : lanceron, sifflet, poignard.

Caractéristiques physiques du brochet

  • Corps : le corps du brochet a une forme élancée, très aérodynamique, dégageant néanmoins une impression de force tranquille.
  • Tête : elle a une forme bien connue et très spécifique à cette espèce avec sa gueule en bec de canard. Avec sa dentition impressionnante de quelque sept cent dents (attention au pêcheur imprudent et trop pressé de le libérer de son leurre), sa large bouche aplatie et sa mâchoire lui donnent cette allure de “méchant”, notamment chez les gros sujets. C’est ce qui lui a valu le titre de “requin des eaux douces”.
  • Nageoires : la dorsale et la ventrale sont positionnées très en arrière du corps, juste avant la large caudale. Avec celle-ci, elles forment un ensemble de propulsion d’une efficacité redoutable.
  • Couleur : on ne peut qu’être admiratif devant cette splendide robe où dominent selon les milieux, le vert bronze, l’ocre doré, les dégradés de gris et le rouge-orangé des nageoires. Généralement, en eau claire, les couleurs sont vivent et contrastées, et la robe de toute beauté. En eau plus trouble, les teintes seront plus ternes.
  • Taille : en Europe, le brochet peut atteindre des tailles très imposantes : jusqu’à 30 kilogrammes pour une longueur de 1 mètre 50. Mais il s’agit de sujets vraiment très exceptionnels qui sont bien souvent capturés au filet par des professionnels dans les grands lacs alpins. Un grand bec de 15 kilogrammes pour 1 mètre 20 est déjà une prise sublime. Et il s’agira la presque toujours d’une femelle, les mâles, plus élancés, ne dépassant guère les 8 ou 10 kilogrammes.

Reproduction

La fraie du brochet a lieu de février à fin avril selon les années, lorsque la température atteint les 8°C. Les zones de fraie se situent dans les secteurs moins profonds des plans d’eau et des rivières. Les femelles vont déposer leurs œufs (environ 20 000 par kilo du poids du poisson) au milieu des plantes aquatiques. Ainsi, ils adhéreront à ces plantes, et leur éclosion aura lieu bout de 15 à 20 jours, en fonction de la température de l’eau. Dès qu’il devient autonome, le brocheton va se nourrir de zooplancton. Puis, il mangera des larves et finira par des alevins de toutes les espèces. Y compris ses congénères !

Le brochet dans ses herbes aquatiques
Le brochet dans son milieu aquatique

Habitat et niche écologique

Le brochet a un habitat très diversifié. C’est pourquoi on le rencontre dans pratiquement toutes les eaux courantes ou dormantes, exception faite des torrents. Il a en effet une claire préférence pour les eaux les plus claire et les plus calmes. Bien souvent, ses repaires se situent dans les zones encombrés ou les zones les mieux colonisées par la végétation aquatique. Mais il se montre tout à fait capable de suivre ses proies dans des secteurs qui ne présentent aucune de ces caractéristiques. Effectivement, en plein été, de nombreux brochets peuvent venir se poster en plein courant, à l’aval des barrages, en rivière, alors qu’à la même période de l’année mais dans les grands lacs alpins, des pêcheurs à la traîne en prennent en pleine eau par 30 voire 40 mètres de fond.

Le comportement de prédateur du Brochet

Stop aux préjugés

Contrairement à ce qui a longtemps été cru, le brochet n’est pas un poisson très vorace. Il y a quelque temps, des spécialistes ont calculé qu’il mange en moyenne entre 4 et 8 fois son propre poids de poissons pendant l’année. En comparaison, la perche est un carnassier autrement plus glouton, que le brochet se charge d’ailleurs de limiter.
En tant que carnassier supérieur placé au sommet de la chaîne alimentaire des écosystèmes aquatiques, le brochet joue un rôle majeur. Effectivement, il participe activement à l’équilibre de son biotope et à la sélection des espèces présentes. Comme les requins dans l’océan, il concentre sa prédation sur les sujets malades ou mal venus, les plus vulnérables.

Un poisson agressif pour des raisons territoriales

Dans des conditions normales, le brochet est un chasseur solitaire, avec un comportement territorial très marqué. Son territoire est lié avec la densité de ses proies et ses besoins en nourriture. Ainsi, un gros brochet dans un plan d’eau peu poissonneux aura besoin d’un espace étendu qu’il défendra farouchement contre toute intrusion de ses concurrents. C’est cette agressivité, liée à la défense de son territoire qui explique l’efficacité des leurres.

On peut cependant observer des exceptions à ce comportement territorial. Par exemple, au moment de la fraie, ou lors des crues qui obligent tous les poissons d’un même cours d’eau à se rassembler dans les coins plus calmes à l’abri de la violence du courant. On peut aussi citer les périodes de grande concentration de poisson-fourrage. En effet, dans ce cas, l’abondance de nourriture permet à plusieurs brochets de cohabiter sans comportement agressif.

Finalement, l’activité du brochet est très réduite. Il partage son temps entre de courtes recherches de nourriture et de longues périodes de repos pendant lesquelles il digère.

Brochet à l'affût
Un beau brochet à l’affût

Influence de son comportement sur la façon de pêcher le brochet

Au vu de son comportement défensif sur son territoire, il est donc souvent plus efficace de miser sur l’agressivité du brochet plutôt que de compter sur la faim de ce dernier.
A l’affût, le brochet perçoit l’arrivée d’une proie potentielle par les ondes de pression basse fréquente qu’elle émet. Il reçoit ces informations grâce à un système de détection très élaboré fonctionnant un peu à la manière d’un radar. Grâce à ces premières informations, le brochet commence à s’orienter en direction de la proie potentielle. Il affine progressivement sa position au fur et à mesure que l’intensité des ondes augmente.

En parallèle, le réflexe d’attaque est “armé” par la sécrétion d’adrénaline qui va mobiliser toutes les masses musculaires du poisson dans une tension de plus en plus forte. Les phénomènes naturels étant universels, on retrouve là le comportement d’un félin s’apprêtant à bondir sur la proie qu’il a repéré. Ensuite, le brochet va attendre que la proie entre dans son périmètre d’attaque, à l’intérieur duquel la vue joue le rôle déterminant, puis il bondira, gueule grande ouverte avec une adresse et une vitesse stupéfiante.

Le sens de l’olfaction étant l’un des plus développé chez les poissons, il doit également jouer son rôle dans la séquence d’attaque du brochet. Effectivement, celui-ci est sensible aux substances d’alarme qu’émettent des poissons malades ou blessés. C’est ce qui fait que nombre de pêcheurs pratiquent le poisson mort manié pour la pêche au brochet.
Lorsque l’attaque a échoué et que le poisson s’est enfui, le carnassier n’insiste pas et reprend son affût.

Le cannibalisme chez le brochet

La nature ne laisse rien au hasard. Si le brochet fait à la fois preuve d’un comportement territorial et de cannibalisme, c’est parce que c’est indispensable pour le maintien en équilibre du biotope. En étant au bout de la chaîne alimentaire, seul lui peut sélectionner et réguler son espèce. On pourrait y ajouter les grands oiseaux pêcheurs et les loutres, voire même les silures, cependant leur fonction prédatrice ne suffit pas. En fait, c’est actuellement l’homme qui régule cette espèce, et avec quelle efficacité ! Cependant, à l’échelle des temps géologiques, l’homme est apparu tardivement par rapport au brochet. Donc, si le cannibalisme constitue un fléau pour l’ésociculture, c’est en revanche indispensable à l’écosystème. L’équilibre des espèces en dépend. En fait, il n’existe pas de milieux dans lesquels le brochet serait en surpopulation.

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