La carpe

Longtemps laissée de côté par beaucoup de pécheurs, la carpe connaît de nos jours un réel succès, tant par les dimensions imposantes que peuvent prendre certains spécimens, que par sa combativité intense quelle peut fournir. Cependant, ce poisson n’est pas un autochtone de nos eaux douces. En effet, elle trouve son origine dans les grands bassins fluviaux tributaires de la mer Noire et de la mer Caspienne. On l’y rencontre d’ailleurs encore sous sa forme originale avec son corps élancé et cylindrique qui la rapproche du chevesne. En France, nous reconnaissons trois grandes formes de ce poisson qui sont le résultat de produits d’élevage et de sélections successives. Elles se distingueront par des petites différences morphologiques, mais aussi et surtout par leurs écailles.

Nom scientifique de la carpe :
Cyprinus carpo ; famille des cyprinidés.
Noms communs ou régionaux :
Carpe franche, carpe miroir, carpe cuir, carpo, carpeau, escarpo…

La carpe
Cyprinus carpio

La carpe commune

On l’appelait parfois aussi carpe écailleuse. Son corps est massif, épais mais plutôt allongé et de forme cylindrique, et entièrement recouvert de larges écailles. Sa coloration sera plutôt brunâtre ou vert gris sur le dos. Les flancs eux, seront bronzés avec des reflets dorés et le ventre blanc jaunâtre. Enfin, les nageoires inférieures sont parfois teintées de rouge.

La carpe miroir

Elle a le corps plus trapu, voire même bossu pour les gros spécimens, et légèrement comprimé latéralement. Ses écailles seront grosses et réparties de façon irrégulière sur son corps en plaques et/ou rangées sur le dos, la ligne latérale, ou la base des nageoires. Sa peau a une coloration de brunâtre à jaunâtre, ocre, et les écailles sont brillantes avec des reflets métalliques d’où leur nom.

La carpe cuir

Elle a la même forme ramassée que la carpe miroir. Mais avec des écailles beaucoup moins présentes, voire même parfois totalement absentes. Son nom vient de sa peau qui a l’aspect du cuir. Le dos est de coloration brun verdâtre, les flancs sont ocres avec des reflets dorés.

Ces trois formes possèdent bien évidemment des caractéristiques communes. La tête par exemple, est relativement courte et la bouche possède des lèvres charnues et protractiles qui lui permettent de fouiller les fonds vaseux et de trouver sa nourriture. La lèvre supérieure porte généralement deux paires de barbillons de longueurs inégales. Cependant, on peut pêcher dans certaines régions des spécimens sans ces barbillons. La longue nageoire dorsale porte un premier rayon dur et dentelé sur son bord postérieur, la nageoire caudale est large et échancrée.

les carpes en France
En haut la carpe commune, à gauche la carpe cuir et à droite la carpe miroir

Reproduction

Elle a lieu du mois de mai au mois de juillet, lorsque la température de l’eau avoisine les 18 à 20 degrés Celsius. Les carpes vont se rassembler dans des zones peu profondes et herbeuses où les femelles vont pondre de 100 000 à 150 000 œufs par kilogramme de leur poids. Ce qui peut devenir considérable pour les énormes spécimens que le pécheur convoite. Tout comme la brème, les parades nuptiales peuvent être assez bruyantes. Les trois formes peuvent se croiser et donner des poissons aux caractéristiques mal définies.

Habitat et niche écologique

La carpe fréquente toutes les eaux calmes ou avec peu de courant et qui se réchauffe bien en été. Elle a une préférence pour les fonds vaseux ou sableux qui sont riches en végétation aquatique, car elle y trouve sa nourriture en abondance. Mais elle s’adapte aussi très bien à d’autres biotopes ne présentant pas ces caractéristiques, comme certains lacs de barrage profonds. Si elle vit la plupart du temps en eau profonde, il lui arrive aussi, notamment en eaux calmes (étangs), de venir se poster en surface pour profiter des journées ensoleillées. Si lors d’une belle journée, on arrive aux abords d’un étang avec suffisamment de précaution, on peut facilement en apercevoir.

Comportement et nourriture

Comme la plupart des cyprinidés, la carpe a un comportement grégaire, elle vit donc en groupes plus ou moins importants selon la richesse en nourriture de leur secteur. Poisson extrêmement craintif et méfiant, elle aime avoir une bonne hauteur d’eau au-dessus d’elle pour se sentir en sécurité. Elle recherche sa nourriture en suivant des circuits bien établis qui évoluent au fil des saisons. On peut les trouver facilement grâce aux sauts qu’effectuent les carpes lors de leur parcours.

Beaucoup de bêtises ont été dites sur ce poisson, comme leur longévité qui donnerait des individus centenaires, chose sans fondement. Cependant, certaines carpes domestiques ont atteint l’âge de cinquante ans. Mais la longévité moyenne de cette espèce est en réalité de l’ordre d’une vingtaine d’années en milieu naturel.
La carpe a aussi été qualifiée de rusée, voire intelligente ! En fait, les comportements qui ont conduit à ces interprétations erronées sont simplement l’expression de deux de ses facultés que l’on retrouve chez les autres espèces, mais qui peuvent être un peu plus prononcées chez la carpe.

  • Une grande méfiance instinctive : c’est principalement ce qui explique pourquoi par exemple, elle aspire et recrache plusieurs fois une esche avant de l’avaler, ou de la laisser au désarroi du pécheur qui voit sa touche s’envoler si quelque chose l’a alertée. Ce comportement correspond à un simple conditionnement instinctif face à une nourriture inhabituelle. Ce qui est le cas de la plupart, pour ne pas dire la totalité des esches utilisées par les pécheurs.
  • Une bonne mémoire des faits liée à une capacité d’association : c’est cette qualité qui lui a valu la réputation d’intelligente. En effet, on a pu remarquer que les carpes “apprennent” à se méfier des esches dont les tests se sont déjà accompagné de faits inconfortables ou douloureux. La piqûre d’un hameçon par exemple, la lutte et la sortie de l’eau… Mais en changeant la forme ou la couleur de l’esche, elles se laissent de nouveau prendre. Chose qu’on parfaitement compris les pécheurs anglais en premier, qu’on a vu multiplier à l’infini les compositions et les couleurs de leurs bouillettes.
Une carpe cuir géante
Une carpe cuir très imposante

De plus, on remarque que les gros spécimens qui se font avoir plusieurs fois, montre de moins en moins de lutte au fur et à mesure des prises. C’est comme si elles “savaient” que la remise à l’eau n’en serai que plus rapide. On a remarqué aussi que dans les petits plans d’eau, les carpes arrivent à associer le poste et la notion de danger, même lorsque les poissons ne sont pas remis à l’eau ! C’est ainsi qu’on peut faire l’expérience de bons résultats les premiers jours de pêche sur un poste, puis le nombre de prises diminue drastiquement, d’un coup. Et ce, quels que puissent être les changements de technique ou d’appâts ! Quelle en est la raison ?

En réalité, lors de la lutte, la carpe libère une substance, qui va servir d’alerte pour les autres. Plusieurs captures sur un même poste peuvent donc alerter la troupe entière ! Et dans les eaux calmes, la substance peut rester une longue période ce qui explique (en plus de sa capacité de mémorisation) le subit défaut de poisson sur un poste qui était pourtant bon.
Si ce phénomène est moins fréquent sur les plans d’eaux importants, c’est parce que les troupes de carpes y sont plus nombreuses. Leurs circuits peuvent se recouper, mais sans qu’elles s’y trouvent en même temps ce qui rend l’apprentissage plus long.

La carpe est omnivore, elle se nourrit de larves, d’insectes, de vers, de mollusques, de débris végétaux, de fruits… Nourriture qu’elle trouve en fouillant le fond. Tâche pour laquelle ses barbillons jouent un rôle important. Mais elle monte aussi entre deux eaux pour profiter d’une nourriture à base de plancton, de pousses tendres des herbiers, et même de petits poissons pour les gros spécimens.

Comment pêcher la carpe ?

Le poste de pêche

Il y a deux grands indices qui permettent de repérer les zones que fréquente la carpe. Leurs sauts comme nous l’avons vu précédemment, et les paquets de bulles qu’elles dégagent en fouillant le fond souvent vaseux. Si aucun de ces deux signes n’est présent, s’établir de préférence vers les fosses les plus profondes. C’est là qu’existe les tenues-refuges comme le bois noyé ou les grosses roches. Cependant prudence, car le premier réflexe de la carpe une fois piquée sera de se diriger vers sa retraite profonde. Pas parce qu’elle sait qu’elle pourra y casser plus facilement la ligne, mais parce que c’est ici qu’elle se sent le plus en sécurité.

L’amorçage

Souvent indispensable pour espérer “toucher” les plus grosses carpes d’un secteur, il faut la plupart du temps procéder à un amorçage d’accoutumance pendant plusieurs jours. Ne pas lésiner sur la quantité ! Selon la distance souhaitée, on peut lancer l’amorce à la main, au lance-pierre, ou même la déposer à l’aide d’une embarcation.

Le matériel

On choisira le matériel en fonction de la taille supposée ou espérée des poissons. Les montages se choisiront en fonction du poste de pêche et du comportement des carpes.

Carpe miroir géante
Une sacrée carpe miroir

La lutte

Moment très attendu par le pécheur, la lutte avec une belle carpe est un moment extraordinaire qu’il ne faudra pas gâcher avec de mauvais réflexes. Au ferrage, le mieux est de se contenter de contrôler plutôt en douceur le premier rush qui est souvent irrésistible. Car moins elle se sentira bridée, plus vite elle se laissera faire, diminuant ainsi le risque de casser sa ligne. Puis, toujours avec finesse, il faudra lui opposer une traction latérale à ses trajectoires de fuite. C’est ce qui a pour effet de la déséquilibrer et ainsi de la fatiguer bien plus sûrement et rapidement qu’une opposition brutale.

Cependant, la bataille peut durer et mettre à l’épreuve vos capacités d’endurance. Certains combat perdurent ainsi durant une demi-heure voire plus ! Mais vient enfin le moment tant attendu où la carpe, épuisée, doit être mise à l’épuisette. C’est également une phase sensible et bien des sujets mythiques ont été perdus lors de celle-ci. En effet, une simple maladresse, un geste brusque, un faux pas, peut redonner de la combativité à la carpe. Et à ce moment précis, la faible longueur de ligne ne permet généralement plus d’encaisser une dernière tentative de fuite du poisson. Pour éviter ce déboire, il faut donc desserrer le frein du moulinet.

Après avoir plongé l’épuisette dans l’eau, on ramènera en douceur le poisson au-dessus de celle-ci. Puis on relèvera doucement, mais régulièrement le filet. Cette opération est bien plus facile si vous avez avec vous une vraie épuisette à carpe. Car elles sont bien plus larges et profondes qu’une épuisette classique.
Il faut savoir que contrairement à ce qu’on pourrait penser, les carpes les plus combatives ne sont pas les plus grosses. Ce sont plutôt les carpes de 6 à 10 kilogrammes, et plus particulièrement les mâles !

Technique de pêche traditionnelle à la plombée coulissante

  • Matériel : une canne puissante et solide de 3,5 à 5 mètres fera l’affaire. On lui mettra un moulinet de modèle lourd-léger avec 150 à 200 mètres de fil de nylon de 30 ou 35/100.
  • Montage : montage classique de la plombée coulissante. On prendra un plomb de 20 à 50 grammes, un bas de ligne en 28/100 de 60 à 80 cm et un hameçon simple de n°4 à 7 ou hameçon triple de n°6 à 8.
  • Esches : des graines cuites (maïs, blés, fèves…), de gros asticots, des vers de vases, de la pâte à base de pain pétri, de la pomme de terre…
  • Amorçage : avec une bonne quantité d’esches citées ci-dessus ça peut faire l’affaire. Mais une amorce classique en boules bien serrées avec des esches incorporées marchera très bien aussi.
  • Action de pêche : une fois lancées sur le coin amorcé, on posera les cannes sur leurs supports, le scion pointant sur l’eau. On retendra légèrement les lignes. Dans certains cas, on ouvrira le pick-up du moulinet et on coincera le fil sous un bracelet élastique passé sur la canne. Dans d’autres cas, on laissera le pick-up fermé, mais on desserrera le frein suffisamment. Si l’on pêche en eau courante, il faut disposer les cannes de manière à ce que la bannière soit le moins possible soumise à l’action du courant, afin de limiter les vibrations susceptibles d’alerter les carpes.
    À la touche, ne pas se précipiter pour prendre la cane en main. Fermer simplement le pick-up, ou resserrer le frein, et ferrer amplement. Une fois la carpe sortie de l’eau, s’éloigner de la bordure pour la décrocher en sécurité. On la mettra généralement dans une grande bourriche où elle attendra la fin de la séance de pêche. Après la traditionnelle séance photo, on la remettra à l’eau en douceur sans oublier de noter ses mensurations.
Carpe commune géante
Une belle carpe commune qui doit faire son poids !

Pêcher la carpe à la pelote

Ce seront les mêmes montages classiques ou avec spirale-amorçoir et les mêmes techniques que pour le barbeau. Mais le matériel nécessaire sera plus costaud pour être adapté à la puissance de la carpe. Pour l’amorçage, lorsqu’il faut lancer loin, les boulettes doivent pouvoir résister à la violence de l’arraché. Pour cela, on réalisera l’amorce avec de la terre argileuse, et l’on pétrira longuement les boulettes. Plus simplement, on peut acheter une amorce spécialisée dans le commerce…

Pêche au pain en surface

Technique à pratiquer dans les espaces aquatiques très calmes (étangs), et en été lorsque les carpes se tiennent en surface.

  • Matériel : classique, canne à carpe de 4 mètres, avec un moulinet garni de fil de 30 à 35/100.
  • Montage : un petit flotteur ou un buldo servira ici d’aide pour lancer la ligne et non pas d’indicateur de touche. Très discret ce montage permet à la carpe d’engager l’appât sans sentir aucune résistance.
  • Esches : un bon paquet de mie de pain bien frai à pétrir sur la hampe de l’hameçon. Un petit cube de pain avec une couche de croute dans laquelle l’hameçon sera piqué. Il n’y a pas nécessairement besoin d’amorcer, mais lancer quelques morceaux de pain peut s’avérer efficace pour ramener une troupe de carpes. Attention cependant au vent qui peut faire dériver cet amorce de fortune ainsi que la troupe hors de portée des lignes…
  • Action de pêche : lancer de préférence la ligne à l’écart du groupe, puis la ramener en douceur vers celles-ci. Laisser le pick-up ouvert et poser ou garder la canne en main. Lorsque le poisson attaque l’appât, attendre qu’il fasse une tirée prolongée pour ferrer.

Techniques anglaises de pêche à la carpe

Ces techniques connaissant une grande popularité, nous consacrerons un article spécifique pour développer ces modes de pêche.

Si vous désirez en savoir plus sur ce poisson et les astuces pour le pêcher, je vous recommande de visiter ce blog spécialiste de la pêche à la carpe.

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